Saturday, October 11, 2008

LA GUERRE DE 30 ANS : UN AVANT GOUT DE L'ENFER

En 1618, après un siècle de haines et de querelles religieuses entre Catholiques et Protestants, tous persuadés de détenir la VRAIE FOI (Quelle belle bande d'imbéciles tout de même), la guerre de Trente Ans éclate en Europe. Le massacre qui va dévaster l'Europe, ses élites et ses peuples, ne s'arrêtera que faute de combattants ou à tout le moins quand tout le monde fut si fatigué et écoeuré qu'on signa les Traités de Westphalie (1648) par lequel chacun acceptait les limites territoriales d'influence qui étaient les siennes avant le conflit, à l'exception de l'Autriche des Habsbourg qui montrèrent une fois encore qu'ils ne méritaient pas d'être Rois. Ou comment atteindre les plus hauts pics de la bêtise humaine en une génération. A titre d'exemple, la population du Palatinat fut attaquée 28 fois en 30 ans et chuta de 18 millions d'âmes à 4 millions. L'Allemagne pour sa part mettra près d'un siècle à panser ses plaies et sera transformée en une mosaique de petits duchés et minuscules principautés qui ralentiront son progrès économique et social pendant des décennies. Vous parlez d'un Génocide que plus personne n'ose de nos jours évoquer !!! Et pourtant !!!

Aussi tôt que Ferdinand II de Habsbourg fut élu Empereur du Saint Empire Romain Germanique, les hostilités débutèrent. Cet idiot arrogant, produit des Jésuites mais mal dégrossi, s'était juré qu'il débarrasserait l'empire de toutes les sectes hérétiques, i.e. protestantes, luthériennes, calvinistes ou autres adoratrices du Soleil (à cette date les Habsbourg malheureusement contrôlent l'Espagne, les Pays Bas actuels, une partie de l'Allemagne et l'Autriche actuelle).

Deux jours avant d'accéder sur le trône, Frederic, l'Electeur Palatin (Protestant), beau-fils de Jacques I d'Angleterre, avait été élu Roi de Bohême (République tchèque actuelle). Une décision qui déplut à son excellence habsbourgienne qui envoya ses armées dans le Palatinat pour en chasser le méchant parpaillot et donner le Palatinat à la très pieuse et catholique Maison de Bavière. Ce qui fut fait dans l'indifférence de l'Europe, il faut bien le dire.

Si ce demeuré s'en était tenu là, c'eut été un moindre mal mais fort de son serment, il envoya ses armées sur l'Allemagne avec le condottiere Tilly et le général Wallenstein qui atteignirent assez vite les rives de la Baltique. Voisin proche, le roi du Danemark Christian IV se sentit menacé et contre-attaqua. Il fut battu et dut accepter la paix. Nous sommes alors en 1830. La guerre a commencé 12 ans plus tôt mais à cette époque les guerres ne finissaient jamais.

Internationalisation du conflit

C'est alors qu'un autre prince protestant décida de voler au secours des siens en la personne de Gustave-Adolphe de Suède. Il flanqua une raclée au condottiere Tilly qui venait juste de raser Magdebourg et tuer ses habitants. Ensuite, il bastonna la principale armée catholique à Lutzen mais comme un idiot s'écarta trop de ses troupes pendant la bataille et fut occis. Toujours est il que la bataille est gagnée et elle montre que la puissance des Habsbourg n'est pas invincible, loin de là. Elle est même sérieusement écornée. Ferdinand -qui est vraiment un sale con- rend Wallenstein responsable de la défaite, le soupconne de trahison et le fait assassiner.

C'est à ce moment que Richelieu, qui hait les Habsbourg (preuve qu'il avait du génie) et jalouse leur influence, convainc le brave Louis XIII de rentrer dans le chou de Ferdinand. L'heure est venue de faire tirer aux Habsburg les marrons du feu, juge Richelieu qui va s'allier, ô ironie de l'Histoire, aux princes protestants. Cette internationalisation du conflit n'a plus grand chose à voir avec les guerres de religion, notez bien, elle ne fait que répondre aux désirs inassouvis de grandeur des.. Grands de ce bas-monde.

Les armées catholiques françaises, menées par Turenne et Condé, et secondées par les armées suédoises, envahissent l'Allemagne orientale contrôlée par les Habsbourg et la mettent à sac. Finalement, après la mort de Louis XIII et Richelieu, ce sera Mazarin qui reprendra le flambeau français mais sans un véritable succès. Il faudra attendre la victoire de Turenne à Zusmarhausen qui -avec l'aide de la Suède protestante- écrase en 1648 les Bavarois devenus Habsburgeois quelques années plus tôt pour que les passions s'éteignent et que les peuples d'Europe retrouvent la paix.

La Guerre de Trente Ans est sans nul doute un des plus complexes conflits de l'histoire européenne, un des plus coûteux et un des plus inutiles. Elle a non seulemt mis aux prises des hommes du même bord mais inutilement déchiré un continent car les Traités de Westphalie qui la conclueront ne règleront rien aux haines religieuses européennnes. Certes la puissance des Habsbourg ne s'en relèvera jamais, certes les traités créent les Pays Bas et la Suisse modernes, certes ils assurent pour quelques années une prépondérance française en Europe et lui donnent l'Alsace, mais sur le fond, ils détruisent l'Allemagne pour plus d'un siècle, ralentissent sa marche vers l'unité et font de l'électeur de Brandebourg, un Hohenzollern, le prince d'un petit Etat qui fera plus tard parler de lui sous le nom de Prusse mais ils ne règlent rien des problèmes religieux de l'Europe. Catholiques et Protestants vont continuer de se hair pendant longtemps et la Prusse va pouvoir lentement et surement entreprendre l'unification de l'Allemagne derrière une monarchie arrogante et militaire qui triomphera avec Bismarck deux cent vingt ans plus tard.

CHRISTIANISME : UN LIT CHAUD PLEIN D'HERETIQUES

A tour de rôle, au cours des premier siècles du Christianisme, les "hérésies" vont assaillir la doctrine chrétienne en formation. Toutes vont être combattues férocement au cours de différents conciles sans que l'on sache bien en quoi elles menacaient la foi des croyants, ni même le pouvoir des évêques. On peut penser qu'il s'est agi avant tout de préserver une unité politique au sein de l'empire romain pourtant déjà divisé entre l'Occident et l'Orient. Aucun des conciles ne parviendra vraiment à endiguer les dissidences dont certaines perdurent de nos jours. L'unité du monde chrétien n'a pas survécu longtemps à la fin des persécutions.

Toujours est-il que les principales hérésies furent les suivantes :

1- L'Arianisme, théorie mise en oeuvre par un prêtre d'Alexandrie nommé Arius selon laquelle le Christ est un simple relais entre les hommes et Dieu. Cette idée de bon sens sera rejetée par le Concile de Nicée en 326. Arius professe que Jésus-Christ et le Saint Esprit sont subordonnés à leur créateur, Dieu le Père. Selon le patriarche d'Alexandrie, Jésus serait né homme et ne serait véritablement Fils de Dieu qu'au jour de sa résurrection. Arius mettait ainsi en cause l'un des fondements de la religion chrétienne, à savoir l'union indivisible de trois personnes en une seule au sein de la Trinité: le Père, le Fils et le Saint Esprit.

2- Le Nestorianisme, ou doctrine de Nestorius, tendait à établir une stricte distinction entre les natures humaine et divine du Christ. Les deux natures – humaine et divine – du Christ se trouvent nettement distinguées dans sa théorie: le Verbe divin ne pouvait avoir souffert dans la Passion, et Marie, qui a enfanté un homme, ne peut donc porter le titre de Mère de Dieu (Théotokos). Ces propos feront scandale. Ce n'était pas fondamentalement idiot ou malsain mais pourtant cette "hérésie" fut combattue au Concile de Chalcédoine en 351 et elle va donner naissance à l'église syrienne orientale. Elle sera très active en Orient et jusqu'en Mongolie et en Chine. Des communautés nestoriennes subsistent en Irak comme en Inde.

3- Le Monophysisme, doctrine inspirée par le moine Eutychès, ne veut voir dans le Christ que la nature divine. Cette doctrine -elle aussi rejetée par le Concile de chalcédoine- séduit les chrétiens coptes d'Égypte ainsi que les chrétiens d'Arménie et certaines communautés du Proche-Orient. Aujourd'hui encore, elle a cours dans l'Église copte d'Éthiopie et l'Église syrienne de l'Inde.

Friday, October 10, 2008

ADAM : ORIGINE DU NOM

Après avoir créé l'Homme à son image, Dieu demanda à ses anges Michel, Gabriel, Raphael et Uriel de lui trouver un nom. Michel sortit du Ciel se dirigea vers l'Est et vit l'étoile Ancolim et revint avec la lettre "A". Gabriel fit de même vers le Sud, vit l'étoile Disis et revint avec la lettre "D". Raphael vers le Nord vit l'étoile Arthis et revint avec la lettre "A".

Enfin Uriel se dirigea vers l'Ouest, vit l'étoile Mencembrion et rapporta la lettre "M". Dieu prit ces quatre lettres, réfléchit un instant puis demanda à Uriel de lire les lettres. Uriel lut et Dieu décida que le premier homme serait appelé ADAM.

Thursday, October 9, 2008

LA BIBLE ET LES GRECS

Alors que la Bible n'était encore qu'une maigre concoction de livres épars, Homère avait écrit l'Iliade et les philosophes grecs brillaient de tous leurs feux. Avant d'être judéo-chrétienne, notre civilisation est gréco-romaine et c'est dommage que nous tendions à l'oublier. Car si la morale est bien d'origine judaique, le reste, à savoir la science, la culture et la philosophie, est d'origine grecque.

La morale juive, telle qu'elle résulte des fondements posés par Moise, n'avait pas d'autre but que d'unifier un peuple remuant et querelleur, facilement porté aux excès et à la division. Il n'en reste pas moins qu'elle a posé les bases de notre morale chrétienne et nous lui devons beaucoup. On pourrait discuter la question de savoir si la morale chrétienne est à la hauteur de la morale juive mais ce n'est pas le sujet de ce texte.

Après Homère qui écrit l'Iliade vers 700BC, la tradition philosophique grecque débute vers 600BC avec Thalès de Miletus (624-560 BC). A cette date, les bases de la Bible sont à peine jetées car ce n'est que vers 640 que- sous le règne du roi Josias- les scribes commencent à mettre par écrit les mythes fondateurs des communautés hébraïques.

Thalès est un astronome et un mathématicien porté vers la philosophie, c'est à dire enclin à poser des questions. Il prédira l'éclipse solaire du 28 mai 585 et est resté célèbre pour avoir posé le théoreme de Thalès selon lequel les deux angles de base d'un triangle isocèle sont égaux et avoir posé que le diamètre découpe un cercle en deux parties égales.

Thalès croyait que l'eau est la base de toutes choses et que la terre flottait dans l'eau ce qui n 'est pas totalement inexact et en tout cas montre qu'il a été le premier à vouloir donner une explication rationnelle aux phénomènes inconnus et inexpliqués. Il aurait ainsi déduit la hauteur de la pyramide de Ghisa en calculant la longueur de son ombre. Parmi les philosophes et penseurs grecs, il reste le grand précurseur dont toutes les propositions ne sont pas acceptées mais dont le talent et le génie exploratoire sont vénérés de tous, y compris Platon et Aristote.

Apres Thalès, nous avons Anaximandre (610-545 B.C.). Astronome, philosophe, éleve de Thales, il introduisit la notion d' "apeiron" (l'infini) et formulera une théorie de l'origine et de l'évolution de la vie : la vie est sortie de la mer du fait de l'évaporation de l'élement humide sous l'effet du soleil. Pour lui, la terre était un cylindre suspendu dans le ciel. Ici encore, une approximation pas trop eloignée de la réalite qui participe de la même volonté d'expliquer le monde par une approche rationnelle et scientifique.

Après Anaximandre, nous aurons Anaximène (570-500 B.C.). Elève d' Anaximander, il pense que l'arc-en-ciel est un phénomène naturel et non l'oeuvre d'un dieu quelconque et posera le principe que l'univers est fait d'air. Lui est contemporain Pythagore de Samos (569-500 BC), mathématicien, philosophe, il sera le premier à croire que la terre est une sphère tournant autour d'un feu central. Il lèguera le fameux théorème selon lequel dans un triangle rectangle, le carré de l'hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux autres côtés.

Nous aurons ensuite Xénophane (570-475 BC), qui nous laissera la spéculation intéressante que la surface de la terre s'est élevée et affaissée dans son histoire, Héraclite (535-475 BC) qui estimera que le feu est la forme primaire du monde réel et que toute chose résulte d'un flux (panta rhei), Parmenidès (520-450 BC) qui croyait que la terre est sphérique et que -comme Lavoisier- rien ne se perd, rien ne se crée. Il faut aussi citer Alcmaeon (circa 450), un docteur qui découvrira les principaux nerfs et leur chemin vers le cerveau dont il dira qu'il est le premier de tous les organes, Anaxagoras (480-430) qui posera l'idée que le soleil est un immense morceau de roc incandescent et que la lune réflète sa lumière. Il pensait par contre que la terre était plate.

Et que dire de Empedoclès (492-440 BC) qui décrète justement que le coeur est le centre du système sanguin et faussement le siège de nos émotions, de Meton (440-??? ) qui développe la théorie selon laquelle -tous les 19 ans- la lune et la terre achèvent un cycle qui les fait se confondre. Il a prédit les éclipses lunaires et ses idées furent à la base des calendriers juif et grec.

N'oublions pas Hippocrate (460-377 BC), père de la mèdecine, Diogène (425 BC) qui fit de l'air le premier de tous les éléments et écrivit plusieurs livres sur la cosmologie, Protagoras (480-420 BC), le père de tous les Sophistes et le premier de tous les philosophes à estimer que les lois doivent être faites pour le peuple et par le peuple. La liste est longue de ces hommes de génie dont les découvertes, les avancées, les hypothèses ont été oubliées parfois pendant plus de 1000 ans pour etre redécouvertes au moment de la Renaissance.

Dans cette optique, la Bible n'est qu'un livre paroissial, une histoire non universelle, nationaliste et totalement étrangère à tout progrès scientifique, philosophique et économique. Il faut parfois remettre les choses à leur place et ne pas oublier que notre société doit davantage aux découvertes et idées des penseurs grecs qu'aux ambitions politiques des leaders et des religieux juifs.

Wednesday, October 8, 2008

BIBLE : ENTRE MYTHE ET HISTOIRE

La recherche historique fait naitre l'Ancien Testament vers 640 au moment de l'émergence du royaume de Juda (royaume israélite du sud) sous le roi Josias. C'est la naissance de l'Ancien Testament de la Bible: les textes bibliques sont élaborés et deviennent l'instrument d'une religion nouvelle: un seul peuple (juif), un seul roi, un seul Dieu.

Lors des travaux du temple, on trouve opportunément des textes censés être très anciens qui seront le fondement de l'Ancien Testament (en fait ces textes venaient d'être rédigés ce qui explique certaines incongruités de la Bible. Un appel puissant à l'unité du peuple juif pour faire face aux menaces des empires voisins. Ce sont des récits qui ont été cousus ensemble à partir des souvenirs, des débris d'anciennes coutumes, de légendes sur la naissance des différents peuples de la région et de préoccupations suscitées par les conflits contemporains.

Ainsi, les recherches archéologiques récentes montrent que les textes de la Bible comme la grande saga des patriarches, d'Abraham, Isaac aux fils de Jacob, la conquête de Canaan, n'ont pas de fondement historique bien sérieux et les chercheurs commencent à se poser des questions elles sérieuses.

Il y a longtemps qu'on remet en cause l'histoire de la naissance de Moïse qui aurait été directement recopiée de la légende du roi Mésopotamien Sargon 1er. Les travaux récents semblent accréditer cette opinion jusqu'ici jugée diffamatoire pour le peuple juif et anti-sémite. La réalité est que certains "politiciens" juifs dans le but d'unifier leur peuple contre ses ennemis ont cru bon de créer une légende et un mythe qui souderaient les Juifs et le distingueraient des autres peuples du Proche Orient. Il faut bien admettre que l'idée est géniale.

Le récit de la sortie d'Egypte est tout aussi fictif. Compte tenu du rapport des forces à l'époque présumée de l'événement (XIIIe avant JC), il est impossible d'imaginer la fuite d'Egypte de 600 000 esclaves hébreux qui auraient franchi des frontières alors puissamment gardées.

A cette époque, l'état hébreux n'existait pas encore. Toutes les recherches archéologiques le prouvent. Des sites bibliques aussi célèbres que Beersheba et Edom n'existaient pas à l'époque de l'Exode. Les murailles de forteresse de Jéricho n'ont pas été abattues par les trompettes de Josué qui n'ont jamais existé; Jéricho dont les murailles se sont lentement érodées au fil des siècles.

Bref, toute la religion du peuple juif, des chrétiens et même de l'Islam (à travers Isaac) est construite sur de pieux mensonges. L'affirmer est tabou, les chrétiens mais surtout les juifs orthodoxes luttent contre la réalité historique. Mais celle-ci finit par lentement s'imposer sous l'impulsion des archéologues. Doucement mais sûrement

Tuesday, October 7, 2008

LA NAISSANCE DE MOISE : UNE PALE COPIE D'AKKAD

Le Pentateuque (les livres "historiques" de la Bible) n'est pas sans évoquer l'épopée du roi du combat, mettant en scène le premier grand conquérant, Sargon d'Akkad qui régna 55 ans (2334-2279) et se proclama "oint de Dieu". Sa naissance est décrite ainsi : "Ma mère, la grande prêtresse, m'a conçu, en secret elle me porta. Elle me déposa dans un panier de joncs, avec du bitume elle en scella le couvercle. Elle me déposa sur la rivière de façon à ce que l'eau ne me recouvrît pas."

Monday, October 6, 2008

ALEXANDRE LE GRAND : PAS SI GRAND

De tous temps, les historiens ont été fascinés par la personnalité et les accomplissements du fils de Philippe de Macédoine en omettant soigneusement ce qu'Alexandre Le Grand devait à son père. En un mot, il lui doit tout : l’éducation par Aristote, la minutieuse préparation à la conquête et au pouvoir et un caractère déterminé. A sa mère, la jalouse et vindicative Olympias, il doit un caractère fougueux, passionné, souvent injuste et cruel. Ses parents se sont déchirés toute leur vie et ces combats permanents ont marqué le jeune Alexandre qui prendra partie pour l'un ou l'autre au gré de ses humeurs et jugements. Cette éducation tourmentée ne sera pas un gage de stabilité et d’équité de son caractère : il ira d'un excès à son contraire, comme s'il cherchait a se faire pardonner. Un signe d’immaturité politique dont il fera preuve toute sa vie.

Alexandre le Macédonien

Avant d'aller plus loin, il faut aussi préciser que, contrairement à une opinion très répandue, Philippe et Alexandre de Macédoine n’étaient pas, comme le nom l'indique, Grecs mais Macédoniens et ce sera leur boulot de fédérer la Grèce sous le joug macédonien. Dire que les Macédoniens sont Grecs, c'est un peu comme dire aux Corses qu'ils sont Sardes ou Provençaux... Les langues des deux régions étaient comparables mais différentes et l'origine ethnique des uns et des autres différente, quoique dans chaque cas Nordique, c'est a dire provenant du Nord, vraisemblablement d'Europe centrale dans le cas des Hellènes (qui deviendront les Grecs). Il y avait même à Athènes une si forte opposition a la Macédoine et aux volontés hégémoniques de Philippe que des émissaires furent envoyés par la ville en Perse pour avertir le roi des dangers pour l'empire perse d'une Grèce fédérée sous le joug macédonien. A l’époque, la Perse contrôle tout le Moyen Orient, l'Egypte et bien entendu l'Iran actuel. Cela n’empêchera pas Philippe de subjuguer Athènes en 338 mais de lui accorder la paix dans des conditions extrêmement généreuses ce que ne saura pas faire plus tard son fils pour Thèbes.

Une mère haineuse et intriguante

A la mort de son père, assassiné au cours du mariage de sa propre fille par un de ses garde-du-corps, Alexandre devient roi de Macédoine. Olympias que Philippe avait répudiée quelques années plus tard refait alors surface et aurait rendu au meurtrier de son mari, lui même lynché par la foule, un hommage funéraire plus grand qu'à son ex-mari, histoire de bien montrer la haine qu'elle portait à ce dernier. Peu après la mort de Philippe, Alexandre- nomme capitaine-général des armées grecques- part en campagne contre les Scythes, puis contre l’Illyrie et lorsque la ville de Thèbes inquiète de ses campagnes se révolte contre son autorité, Alex s'en prend à elle et la rase complètement à l'exception de la maison du poète Pindar. Alexandre eut toute sa vie ce genre de lubies inconséquentes mais le souvenir de Thèbes le hanta longtemps comme un acte de barbarie inutile.

Fédération par la terreur

La Grèce fut frappée de stupeur devant un tel traitement mais tout esprit de rébellion fut tué dans l'oeuf. Alexandre put alors s'en prendre en toute tranquillité a l'ennemi traditionnel, le Perse. En 333 BC, il écrase l’armée de Darius III à Issus (Syrie actuelle) et Darius prend la fuite mais Alexandre, magnanime pour une fois, le laisse s'enfuir et s'en prend aux bases navales des Perses, à savoir Tyre et Sidon, puis Gaza qui furent pillées et leurs habitants vendus comme esclaves. En 332, Alex entre en Egypte et cette fois les Grecs le reconnaissent comme leur chef et Athènes lui reconnaît la couronne dorée de la victoire. De ce jour, Grecs et Macédoniens vont être alliés. Les Egyptiens aussi vont l'accepter, heureux être débarrassés de la tutelle perse et de voir leur nouveau chef respecter leurs croyances religieuses. Il va y fonder Alexandrie et au nord de Tyre, la ville détruite, il fondera Alexandrette. L’année suivante, il remonte vers le Nord et près de l'ancienne Ninive, détruite quelques siècles plus tôt, il rencontre le reste des armées perses de Darius dont la stratégie militaire reste basée sur la cavalerie et ses chariots. Alexandre et ses phalanges vont en faire une seule bouchée, pour ne pas dire boucherie, durant la bataille de Arbela (octobre 331).

Persépolis en feu

Darius va fuir une fois de plus (il sera peu après assassiné par ses guerriers) laissant la voie libre a Alex qui va marcher vers Babylone, l'ancienne cite de Hammurabi et de Nabuchodonozor, qui est alors toujours florissante, puis il se dirige sur Suse, la capitale perse, puis sur Persepolis où il se permet de brûler le palais du roi des Rois. Ensuite, pendant sept ans, tout se passe comme si, grisé par ses succès, il perd la tête et ne trouve rien d'autre à faire qu'à conquérir le reste du monde sans plan directeur ni stratégie. Après la mer Caspienne, il marchera sur le Turkestan et fondera la ville de Herat, puis sur Kaboul et obliquera ensuite vers le Sud pour aller livrer bataille sur les rives de l'Indus au roi Porus et a ses troupes d’éléphants qu'il va écraser.

Révolte des soldats

Il aurait bien continuer vers l'Est mais ses soldats en avaient assez et refusèrent de le suivre. Quand il se décide enfin à rentrer a Suse en 324, c'est pour trouver dans l'empire une pagaie incroyable : même le trésorier du royaume a levé le pied avec une partie de la caisse et aurait acheté pas mal de loyaux serviteurs, y compris le vertueux et démagogique Démosthène. A 31 ans, Alexandre contrôle l'ancien empire perse, la Grèce et la Macédoine depuis six ans, un fabuleux destin et un extraordinaire accomplissement. Mais il n'a pas fait autre chose que conquérir. Il n'a mis aucune administration en place, se bornant à conserver l'organisation perse des "satrapes", ces potentats locaux corrompus et médiocres. En Inde, il a laissé le roi Porus gouverner comme satrape, c'est en tout cas ainsi que les Grecs le considérèrent désormais. En Egypte, il remplaça les gouverneurs par des hommes nouveaux sans rien toucher ni réformer.

La conquête sans vision

Tout se passera comme si la conquête n’était qu'un processus d'acquisition incontrôlé et sans but pour le simple plaisir de l'esprit et de la vanité de l'homme. Je conquiers donc je suis, pourrait avoir été sa devise. Les historiens qui n 'aiment pas la médiocrité prétendront qu'il a hellénisé l'Orient. Une affirmation dénuée de sens dans la mesure où l'influence grecque était déjà ressentie dans tout le Moyen Orient depuis longtemps. En revanche, Alexandre n'a créé aucun axe majeur de communication, aucune école, ne s'est jamais, comme son père, préoccupé de sa succession, n'a pas cherché une pérennité de ses actions. Il s'est contente de bâtir une légende qui dure toujours, son véridique accomplissement.

Amoureux de sa gloire

Certes à Suse, il épousa la fille de Darius mais il était déjà marié a Roxane, la fille du roi de Samarkand et semble avoir ajouté une femme à ses conquêtes sans véritable intention de créer une lignée ou a fortiori une dynastie. Il semble qu'Alexandre soit tombé amoureux de sa propre gloire et ait succombé aux charmes fastueux de l'Orient et qu'il n'ait pas vu beaucoup plus loin. Il portera la tiare des monarques orientaux, se distinguant par une vanité qui impressionnera tous les écrivains de son temps. Un de ses généraux, Philotas, déclara un jour a une maîtresse qu'Alex n'était qu'un petit garçon et que sans Philippe et lui-même, il n'y aurait jamais eu de conquête de la Perse. Rapportés ses propos valurent au général d'être mis à mort. Puis effrayé à l’idée que le père de Philotas, un autre brillant général des armées macédoniennes, n'apprit le triste sort de son fils, Alexandre envoya quelques hommes de main pour l’occire avant qu'il soit informé de ces basses oeuvres. Rien de très grand dans toutes ses actions.

Meurtres et assassinats sans raison

Même Callistène, le neveu du fidèle Aristote, le percepteur patient et dévoué du jeune Alexandre, qui se permit de le critiquer, fut mis a mort ainsi que le frère de lait d'Alex -le jeune Clitus- qui lui aussi se crut autorisé à reprocher à Alexandre de s'attribuer toute la gloire de conquêtes opérées par des milliers de soldats. Alexandre le transpercera de plusieurs coups de lance. Une autre fois, il fera crucifier le médecin personnel d'un personnage important de la cour qui avait profité de l'absence de l'homme de l'art pour faire une sévère entorse au strict régime prescrit et en était mort. Finalement, il consacrera une somme énorme pour faire enterrer le trop gourmand dignitaire, plus pour montrer au bon peuple la grandeur de son chagrin que par réelle compassion. Le comportement d'Alexandre n'est pas celui d'un tyran inspiré ou d'un conquérant visionnaire mais d'un lunatique capable d'actes sans logique ni fondement, uniquement préoccupé de sa gloire et de sa légende.

Mort de trop de libations ou empoisonné, that's the question

En 323, après une série de banquets trop arrosés, il fut pris de fièvres et mourut a l’âge de 33 ans. L'empire qu'il avait conquis va se morceler comme une vieux vase d'argile et tomber en morceaux en quelques années. Sa première femme Roxane va faire assassiner la seconde, la fille de Darius, mais finalement elle ne survécut pas longtemps : son fils et elle furent assassinés en 311. Selon Plutarque, Olympias, la mère toujours présente et passionnée, accusera tout le monde d'avoir empoisonné son fils. La preuve ne sera jamais apportée. Elle sera elle-même assassinée. L'empire va être partagé entre les généraux d'Alexandre : l'ancien empire perse échut au général Seleucus qui va fonder une dynastie (les Seleucides) qui va durer des siècles, la Macédoine va tomber dans l'escarcelle du général macédonien Antigone tandisque l'Egypte va revenir au général macédonien Ptolomée qui va lui aussi fonder une dynastie qui durera jusqu’à Cléopâtre et a la conquête romaine. Au passage, on notera que Cléopâtre était donc d'origine macédonienne plus que grecque.

En tout cas, l’héritage d'Alexandre le Grand est davatange celui de ses généraux que le sien. Ce sont eux qui vont, après avoir servi souvent sous les ordres de Philippe, reprendre le flambeau et établir des dynasties qui vont durer des siècles. Sous cette lumière, Alexandre apparaît plutôt comme un aventurier inspiré qui a bénéficié des acquis militaires de son père, de l'excellence de généraux formes et entraînés par son père et presque comme un usurpateur. Il n’empêche la légende a la peau dure et les hommes adorent les légendes.